Chelles, vendredi 6 avril 2018. Les salariés de l’hypermarché Carrefour du centre commercial Terre-Ciel, ont lancé une cagnotte en ligne pour compenser la perte de salaires consécutive à la grève du 31 mars dernier. LP/Hendrik DelaireLes salariés de l’hypermarché Carrefour du centre commercial Terre-Ciel ont lancé un appel aux dons en ligne pour compenser leur perte de salaire après leur journée de grève.

« Nous ne faisons pas grève par gaieté de cœur mais pour défendre nos intérêts et lutter notamment contre la suppression de la participation des salariés en fonction du bénéfice qui a plongé ces dernières années. » Nadine Denuault l’affirme, les employés de l’hypermarché Carrefour Terre-Ciel (ex-Chelles 2) n’ont pas lancé par plaisir leur appel aux dons par le financement participatif.

Après le mouvement de grève nationale le 31 mars dernier dans tous les magasins Carrefour français, cette représentante du personnel syndicaliste chez Force ouvrière (FO) a décidé de lancer une cagnotte en ligne sur le site de crowdfunding Leetchi pour soutenir les salariés et compenser la perte de salaire occasionnée par ce jour de grève.

« La plupart des employés sont payés au Smic soit 1150 euros pour euros 35 heures hebdomadaires mais certaines caissières ne travaillent 30 heures que par semaine ne touchent donc que 900 euros par mois. Pour ces travailleurs même un jour de grève est difficile en fin de mois. Nous espérons récolter 12 000 euros pour indemniser chacun des 120 salariés à hauteur de 100 euros pour deux jours de grève », explique Nadine Denuault.

Pas un centime récupéré... pour le moment ?

L’initiative s’inspire de la cagnotte de soutien aux cheminots grévistes de la SNCF. Celle-ci a déjà récolté plus de 660 000 euros. Si la pratique semble commencer à se généraliser, un autre magasin Carrefour à Givors (Rhône) ayant lancé une cagnotte similaire, les salariés chellois n’ont pour le moment pas récolté un centime.

Mais à la sortie du magasin la méthode divise parmi les clients de l’hypermarché. « Je comprends que certains employés ne puissent pas assumer la grève trop longtemps mais ça fait partie du jeu, quand on fait grève on doit assumer la perte de salaire », assène Stéphanie, une cliente qui habite Vaires-sur-Marne. « Je suis fonctionnaire et je fais parfois grève mais pour qu’elle soit crédible il faut accepter de perdre son salaire », renchérit Frédéric, un client venu de Montfermeil.

« Nous ne gagnons pas les salaires des pilotes grévistes d’Air France par exemple mais si nous récoltons plus de 600 000 euros comme les cheminots nous les partagerons avec tous les salariés grévistes de Carrefour », rétorque avec humour Nadine Denuault.

Mais d’autres clients comprennent la démarche des salariés. « Sur le principe je suis pour. Ces caissières ne gagnent pas de gros salaires et en ces temps difficiles il faut tout faire pour défendre son bifteck », confie Pascal, un Chellois qui se dit prêt à faire un don en ligne. « Pourquoi se priver s’ils trouvent des gens prêts à faire des dons pour les soutenir », interroge Bertrand, qui habite Champs-sur-Marne.

Contactée, la direction nationale de Carrefour n’a pas souhaité commenter l’action des salariés grévistes.

Hendrik Delaire

(Source : Le Parisien - Edition 77 Nord - 11 avril 2018)